"Pour ce qui est de l'électroménager, je suis une vraie petite reine" s'écrie Catherine Deneuve alias Suzanne Pujol quand son mari la tance lui reprochant son incessante insatisfaction. Difficile donc pour elle de louper une recette, et encore moins une quiche, équipée ainsi de la dernière technologie en matière d'art culinaire.

Ce film drôlissime de François Ozon, qui a su très fidèlement et avec beaucoup de finesse adapter la célèbre pièce de Barillet et Gredy jouée pendant des centaines de représentations par Jacqueline Maillan, n'est pas uniquement la simple description burlesque d'une certaine bourgeoisie de sous-préfecture. C'est aussi en filigrane la peinture de l'ascension féminine, de l'accroissement de son autorité, comme si Suzanne Pujol après mûre réflexion avait décidé pour une fois de porter la culotte, laissant son mari au repos devant "Aujourd'hui Madame" et face à une tourtière dont les fumets de la quiche préparée par sa femme flattent son odorat encore empreint d'aigreur et d'acidité.

Car c'est bien là que se niche tout le talent de "Potiche" : pouvoir tenir les rênes de l'entreprise familiale en même temps que l'équilibre domestique de son foyer.

Et notre quiche dans tout cela ? Pourquoi ce choix ? Pour quelles raisons ? Même si elle n'est qu'évoquée et n'est visible ni dans la pièce ni dans le film, les auteurs ne l'ont pas placée là par hasard. C'est que cette quiche colle aussi bien à la réalité quotidienne de Suzanne Pujol avant son "coup d'état" familial qu'à sa nouvelle existence de chef d'entreprise. C'est le plat idéal préparé par une épouse soucieuse du bien-être de sa famille, de son confort et de son épanouissement. Mais c'est aussi une recette que l'on peut concocter à la va-vite, qui fait de l'effet très rapidement et qui peut se déguster aussi bien chaude que froide. C'est une recette bicéphale, adulée de toutes les femmes au foyer, bourgeoises ou populaires, plébiscitée par les businesswomen pour son effet tape à l'oeil, comme une dose de "touche éclat" pour épater la galerie en un tour de main. C'est bien là tout le talent de notre Suzanne Deneuve ou Catherine Pujol : se faire irréprochable en matière culinaire quelles que soient les circonstances.

Potiche peut être, sûrement pas cruche et encore moins... quiche !

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Ni Catherine Deneuve, ni Jacqueline Maillan ne nous précisent s'il s'agit d'une quiche lorraine qu'elles ont préparée pour leur mari mais sans nul doute, elles faisaient allusion à la seule, la véritable, la classique... la quiche lorraine.

Il est fort à parier que vous avez déjà votre propre recette mais, en voici une que vous devriez particulièrement apprécier : la recette de Guy Martin (du restaurant étoilé Le Grand Véfour). Son petit secret se glisse certainement dans l'utilisation de crème fleurette... à moins que ce ne soit la cuisson préalable des lardons dans une eau bouillante... ou bien encore l'apport de quelques oignons... Essayez cette recette, vous l'adorerez.

Prévoir (recette inspirée de celle de Guy Martin mais avec des quantités légèrement différentes : moins de crème et plus d'oeufs) :
- une pâte brisée,
- 4 oeufs + 1 jaune,
- 30 cl. de crème fleurette,
- 200 g. de lardons nature,
- 1 petit oignon blanc.

Mettre dans une petite casserole les lardons, les recouvrir d'eau et les faire cuire jusqu'à évaporation d'une grande partie de l'eau. Bien les égoutter.
Battre les oeufs avec la crème fleurette. Saler légèrement et poivrer.
Étaler la pâte et la piquer avec une fourchette.
Déposer sur le fond de tarte les lardons ainsi que les oignons coupés en petits quartiers* en veillant à bien les répartir.
Verser délicatement la pâte sur les lardons et les oignons.
Préchauffer le four à 180°.
Faire cuire 30 à 35 minutes environ.

* on peut les faire légèrement dorer dans une poële avec un peu de beurre

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